©Martine_Heissat

  Lydie SALVAYRE 
         
    Lydie Salvayre a écrit douze romans traduits dans une vingtaine de langues

Elle a obtenu :
le Prix Hermès du premier roman pour La Déclaration,
le prix Novembre (aujourd'hui Prix Décembre) et le Prix du Meilleur Livre de l'année pour la Compagnie des spectres
le Prix François-Billetdoux pour B.W.
et le Prix Goncourt pour Pas pleurer
Extraits de « Tout homme est une nuit »

…j’aperçus devant moi une vieille femme qui semblait peiner en portant son panier. Je pressai le pas, m’approchai d’elle et tendis mon bras pour lui offrir mon aide. En me voyant la main prête à saisir son panier, la vieille femme poussa un hurlement d’effroi. Je cherchai aussitôt à être rassurant, Excusez-moi madame je voulais simplement vous aider, mais elle conserva son visage d’effroi, le même visage d’effroi que celui de Lucile lorsqu’on lui annonça ma maladie.
J’étais sans doute trop jeune pour avoir cette expérience des grands voyageurs qui savent immédiatement ce qu’il convient de dire pour se faire accepter des natifs, mais je ne désespérais pas d’apprendre et j’en avais l’âpre, la tenace, l’impérieuse volonté.


La maladie m’avait pris de court.
Il n’avait jamais été dans mes intentions de mourir  jusqu’à ce jour de juin 2014 où la maladie se pointa
en invitée surprise et se précipita sur moi.
Sur le coup je ne ressentis rien, ne pensai rien, n’exprimai rien. Puis je coulai dans le chagrin en essayant de m’agripper à ses murs verticaux. Puis je sombrai dans une sorte d’hébétude. Puis je gisai dans une morne léthargie. Puis j’y stagnai, longtemps.